Gare aux morilles !

Notre citadin anonyme revient aux Chalets du Gua des Brasses avec le printemps

Le retour en force du printemps succède à un hiver, au final, pas si rude que ça. Afin de profiter au mieux des premières belles journées ensoleillées, nous nous hissons sur le plateau des lacs. Sur cette saison, la nature qui s’éveille est tout particulièrement resplendissante. Les bourgeons se font peu à peu fleurs. Les branches verdissent lentement. Les petits et grands animaux de la forêt s’activent à la recherche parfois de nourriture, parfois du grand amour. Leur empressement les rend un peu plus imprudents qu’à l’accoutumée. Il est donc plus aisé de les croiser et même de les observer.

Sur le grand balcon de notre gîte qui donne sur le lac de la Raviège, mon épouse prend soin d’elle, tout en peaufinant, entre autre, son épilation… Là donc je sens qu’il est temps que je m’éclipse. En effet, ma chère et tendre, si douce en temps normal, se métamorphose en véritable psychopathe lorsqu’elle est en possession de son arme fétiche : la pince à épiler. Elle peut alors se mettre à la recherche du moindre poil qui dépasse, que ce soit de mon nez, de mes sourcils, ou de n’importe où sur mon visage. Je suis s¨ur que ce n’est pas l’aspect visuel qui la motive mais bel et bien la torture qui l’émoustille.

Je vais donc me promener dans les bois, car le loup, ou plutôt en l’occurrence la louve, n’y est pas. Je marche le long d’un chemin bordé de bruyères et de genêts qui sillonne à travers les collines.

Tandis que je marque une petite pause motivée par une naturelle nécessité, je prends bien garde au sens du vent, les hommes comprendront. Mon regard est alors attiré par une sorte de petite tâche brune en bordure de forêt. C’est en m’approchant que je constate qu’il s’agit de deux belles morilles toutes fraîches.

Petite précision, l’an passé à la même période, nous en avions cherché en famille, sans aucun résultat. Là, je modifie l’adage : « Qui ne cherche pas trouve ». Pour moi, jusqu’à présent, les morilles étaient un peu comme une sorte de mythe à l’instar du « Dahut », une blague pour faire courir le citadin que je suis… Oui, je sais, j’ai déjà consommé des terrines ou des sauces à base de ce champignon, fort délicieux au demeurant, mais peut-être que charcutiers et restaurateurs faisaient tout simplement partie du complot.

Là, moi qui, selon ma belle-mère, « ne trouverais pas l’eau à la source », ramasse non pas deux mais plusieurs morilles car sur un bon petit kilomètre, je parviens sans peine à dépasser la dizaine.

J’ai certes trouvé la bonne fréquence visuelle mais surtout j’ai la chance, peut-être celle du débutant, d’être au bon endroit au bon moment. Plus loin, à la lisière d’un bosquet d’arbres dont on me dira plus tard qu’il s’agissait de frênes, je vais presque jusqu’à doubler la mise.

Je précise que je les ramasse avec le plus grand soin en prenant bien garde de laisser le « mycélium » sur place. Qu’est ce que le « mycélium » ? Me direz-vous… Eh bien je n’en sais rien du-tout  mais je pense que c’est un peu comme la graine du champignon. Si mon beau-père lit ce texte, j’aurai à nouveau droit à une leçon mycologique mais je l’avoue, je ne suis guère un bon élève.

Le sac que j’avais emmené pour y mettre mon appareil photo et une bouteille d’eau est presque trop petit. Bon, j’en rajoute un peu mais ne comptez pas sur moi en cette si belle occasion pour jouer les modestes. Je marque une pause, afin de profiter d’une vue superbe sur un parterre de jonquilles, à peine fleuries, qui semblent encercler une petite marre ou j’aperçois quelques grenouilles en pleines activités coupables. Il va y avoir du têtard dans l’air !

J’ai continué de chercher, mais rien de plus en presque une heure. Je me suis donc non seulement quelque peu découragé, mais j’étais surtout aussi impatient qu’un gamin au matin de Noël, d’aller frimer avec ma généreuse petite récolte. A mon retour au Chalet du Gua des Brasses que nous occupons pour la semaine, je me sens un peu comme le papa du jeune Marcel Pagnol. J’évoque bien sûr le truculent roman auto-biographique « La gloire de mon père ».

Ma fille trouve que ces champignons sont très moches. Elle n’a pas tout à fait tort, les morilles ne sont d’ailleurs pas exactement recherchées pour leur esthétisme, mais bel et bien pour leur singulières qualités gustatives.  Il faut bien plus qu’une vague cueillette pour tirer mon fils de son jeu en ligne. Mon épouse quant à elle commence à échafauder quelques plans pour le menu de ce soir.

Tandis qu’elle prépare une sauce, je vais chez le boucher du village acheter l’entrecôte ou la pièce de bœuf qui ira avec. Je n’oublie pas de prendre également une bonne bouteille d’un vin de schiste, corsé et fruité, typique du vignoble de Saint-Chinian seulement distant d’une cinquantaine de kilomètres.

Je n’ai plus qu’à nous servir un bon petit apéritif à prendre en admirant le coucher du soleil flamboyant sur le lac et les collines.

Il n’y aura plus qu’à se régaler.

Un citadin qui tient toujours à garder l’anonymat