Promenade en forêt aux confins du Tarn et de l'Hérault

J’entends le loup, le renard et…

Nature et montagne entre Tarn et HéraultJe devance ma petite famille qui prend le temps de flâner. Le sentier s’extirpe d’une belle forêt de feuillus. A la hauteur d’une pâture vallonnée, un mulot, ou un campagnol, je n’ai guère le temps de voir, traverse dare-dare le chemin. Cette mignonne vision furtive m’amuse.
A peine quelques secondes plus tard, c’est un autre petit rongeur, je pense de la même espèce, qui file sans s’attarder vers un bosquet d’épicéas.
Je me dis alors que deux d’un coup, aussi rapprochés, ce n’est sûrement pas une simple coïncidence. Quelque chose les fait fuir. Avec discrétion, je me dissimule dans les genêts en fleur.
Là, je suis content de mon intuition. Nous sommes en plein jour mais cela ne semble pas déranger une jolie belette en chasse, d’un terrier à un autre. Elle creuse, elle sautille. Elle galope de sa forme toute allongée. Elle se redresse pour humer l’air puis repart tout de suite gratter une motte de terre révélant sûrement la présence d’une taupe ou d’un autre petit hôte squattant les lieux. 

Vos vacances en pleine nature aux Chalets du Gua des BrassesMon épouse se rapproche. D’un index sur mes lèvres, je lui fais signe de garder le silence. Elle me rejoint avec la plus grande discrétion. Nous observons une bonne minute le prédateur, pas bien grand mais néanmoins opiniâtre et déterminé.
Pour mon fils et ma fille, incapables de rester silencieux plus de deux secondes et demie, ce n’est qu’une silhouette qu’ils aperçoivent. Elle détale vers la lisière du bois le plus proche. L’instant fut bref mais très sympathique.
Paysage de montagne entre Tarn et HéraultQuelques minutes se passent.
Cette fois, c’est entre deux piles de troncs d’arbres coupés assez récemment qu’un renard, la queue en panache, fait son apparition.
Il ne s’attarde pas plus qu’il ne s’empresse. Il fait même une halte. Il regarde dans notre direction. Ses yeux perçants, malicieux, et expressifs semblent vouloir dire : « Mais qu’est-ce qu’ils fichent ici ces deux-là ? Les touristes débarquent de plus en plus tôt.
Plus moyen d’être tranquille ! ».

Il disparaît dans les fougères, que nous devinons à peine trembler à son passage tant son pas est habile et léger. Histoire de me cultiver un peu, je regarde la forme des traces qu’il a laissées dans la terre meuble de la piste forestière. Faune des forêts entre Tarn et Hérault

C’est bel et bien un canidé. Pas si facile que ça pour un œil peu exercé comme le mien de différencier la marque de sa patte de celle d’un chien de taille comparable. J’ai encore bien des progrès à faire dans le domaine de l’observation animale… C’est alors que ma chère et tendre compagne a la délicieuse idée de me dire : « dis-donc, une belette, un renard, il ne manque plus que le loup… ».
Il ne m’en faut pas plus pour que s’installe dans ma tête l’air de la célèbre ritournelle celtique. Je sens tout de suite qu’elle ne va pas en sortir de sitôt. Je ne dis rien. Je ne laisse rien paraître. Mais l’air s’est bien installé dans mon esprit. J’en veux un tout petit peu à mon épouse mais je sais bien que celle-ci ne l’a pas fait exprès. D’ailleurs, alors que notre randonnée familiale s’achève, je l’entends fredonner de sa douce voix : « J’entends le loup ; le renard, et la belette… »
Elle s’est prise à son propre piège. Je sens que dès mon retour aux Chalets du Gua des Brasses, je vais écouter Radio-Salvetat-Peinard dans l’espoir qu’un air populaire vienne en chasser un autre et qu’enfin, mon esprit se libère de cette très entraînante chanson, festive, mais un tantinet envahissante.

Promenade en forêt aux confins du Tarn et de l'Hérault