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Les châtaignes ne sont pas non plus très sympathiques

Après la cueillette des champignons, découvrez les nouvelles mésaventures de notre citadin anonyme en villégiature aux Chalets du Gua des Brasses, aujourd’hui en quête de châtaignes…

      C’est en flânant au fil des ruelles séculaires et pittoresques de la Salvetat-sur-Agoût que, coup sur coup, deux affiches m’interpellent. Elles évoquent la fête de la châtaigne à Saint-Pons-de-Thomière, l’avant-dernier week-end d’octobre, puis la fête du marron et du vin nouveau à Olargues, en fin de semaine suivante. Ces deux villages, eux aussi médiévaux et chargés d’histoire, se situent au pied du plateau des lacs. Ils forment, avec La Salvetat, une sorte de triangle au sein duquel j’ai effectivement remarqué, au gré de mes balades, que les châtaigniers sont légion.
    Nous sommes à la bonne saison pour aller récolter quelques uns de ces délicieux fruits symbolisant à merveille les saveurs automnales. Je me suis dit que c’était bien plus facile que de trouver des cèpes ou autre girolles. Enfin, c’est ce que je pensais…

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        Le premier petit problème est déjà de localiser de façon précise un châtaignier. Un ancien, au bourg, me l’a confirmé : il y en a à peu près partout. Il a juste oublié qu’il y en a à peu près partout, certes, sauf au moment précis où on les cherche. Ne comptez pas sur votre GPS, sauf si celui-ci possède la fonction : « Localisation de châtaignes faciles à ramasser, en dehors d’une propriété privée, avec une place pour garer la voiture pas trop loin». Les forêts des alentours constituent un véritable arborétum. Les essences de bois sont multiples et ce n’est qu’après quelques bons kilomètres de petites routes boisées et sinueuses que je finis enfin par dénicher un sol jonché de plus ou moins vieilles bogues, de part et d’autre de l’étroite chaussée. Bingo ! Je suis au bon endroit.

          Première erreur, je n’ai pas de gants. Ça pique ! Deuxième erreur, une brise légèrement capricieuse secoue les branches. Chaque rafale me fait subir un véritable petit bombardement. L’inévitable finit par se produire. Je comprends alors tout de suite pourquoi, en langage populaire, un coup de poing est aussi nommé marron ou… châtaigne. Petit conseil si vous travaillez dans le BTP : prenez votre casque de chantier. Si vous êtes motard, gardez votre casque intégral, vos gants et votre combinaison aussi du reste ! Autre erreur de débutant, je porte un jean un peu trop juste. Je me baisse, me relève, me re-baisse, me re-relève, me re-re-baisse, me re-re-relève et ainsi de suite. Ma tenue n’est vraiment pas adaptée à cette séance physique de step forestière. Si vous avez les reins fragiles, je vous déconseille cette activité, au final bien plus sportive qu’il n’y parait. Ne pensez pas non plus qu’il suffit de se baisser pour ramasser. Des fruits sont abîmés, d’autres trop petits, d’autres encore trop secs… Le plus irritant est de se baisser pour une apparente belle pièce et de constater, au dernier moment, qu’un petit trou à peine perceptible annonce qu’un minuscule ver a déjà investit les lieux (cela dit, si vous n’êtes pas végétarien… non je plaisante….).

chataignes4Je suis de nouveau victime d’une ou deux autres cinglantes « châtaignes » dont l’une, coquine, m’a atteint à un endroit qui d’ordinaire m’est plutôt utile en position assise. C’est douloureux certes, mais surtout terriblement vexant. Un peu plus tard, une araignée toute velue et patibulaire me fait sursauter tandis que je la prends presque entre les doigts. Soudain, c’est un grand bruit de craquement de branches et de feuilles agitées qui me fait à nouveau bondir. C’est tout juste si j’ai le temps d’apercevoir la petite queue blanche d’un jeune chevreuil, bien plus apeuré que moi, que visiblement j’ai dérangé à l’heure du goûter. chataignes5

        Ce petit instant nature me remonte le moral et me fait oublier la lourdeur de plus en plus insistante de mes cuisses. A force de fouiller ce fort charmant sous-bois, je finis par être récompensé. Ma poche en plastique est presque pleine. Du coup, l’une des anses se déchire et ma récolte se répand un peu partout sur le sol en légère pente qu’elle dévale… Nouveau conseil, rien ne vaut le bon vieux panier en osier pour ce genre d’activité. Je me laisse aller à quelques jurons et retourne à ma voiture pour récupérer le sac qui sert d’ordinaire pour les courses. Ne me demandez pas pourquoi je ne l’ai pas pris tout de suite à la place de cette malheureuse fragile pochette, et dites vous que les conseils, ça se donne avant. J’ai récupéré presque toute ma cueillette et c’est tout fier que je m’en vais rejoindre ma petite famille.

Barbecue de la plage des Bouldouïres

          Nous avons bien une jolie cheminée fonctionnelle au chalet du Gua des Brasses que nous louons pour la semaine, mais pas de grille. Ma belle-mère propose de les faire bouillir avec du fenouil, cette plante poussant en abondance dans les alentours. Toutefois, fort de mon expérience en la matière et ayant vérifié récemment l’adage qui dit que l’on ne trouve que ce que l’on ne cherche pas, j’ai une meilleure idée. C’est une belle journée d’octobre, un peu fraîche mais ensoleillée. En seulement quelques dizaines de minutes, nous avons partiellement dégagé un sous-bois de tout un tas de vielles branches mortes et craquantes. A la plage des Bouldouïres, dans le barbecue de pierre, avec une vue imprenable sur le lac de la Raviège, nous faisons crépiter notre fagot. Les flammes réchauffent l’ambiance et fascinent ma progéniture encore plus que n’importe laquelle de leurs émissions favorites. La braise est vite prête et à l’aide du matériel laissé à libre disposition, nous faisons griller ma petite récolte, non sans avoir fendu au préalable la coque de chaque fruit pour ne pas qu’il éclate. Les moins patients ou plutôt les plus gourmands, et je ne suis pas le dernier, se brûlent quelque peu les doigts en décortiquant les châtaignes désormais brunies et grillées à souhait. Toutefois nous nous régalons auprès des dernières flammes de la flambée que les enfants s’amusent à entretenir. Très franchement, pas besoin de chamalows industriels et chimiques, la nature nous a fourni elle-même tous les ingrédients de ce petit moment de bonheur gustatif.

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          Je regrette presque de ne pas avoir un petit verre de vin chaud à la cannelle ou de vin blanc nouveau, nommé « Primeur », « Moûlt » ou « Bourret », selon les lieux et régions, mais nous nous consolons avec un sympathique muscat de Minerve qui, au final, se marie fort judicieusement avec ces improvisées tapas. Les saveurs, le cadre bucolique, l’originalité de l’instant…

            je sais par avance que je garderai un bon souvenir de cet atypique petit apéritif improvisé… Cela valait bien les quelques courbatures qui, dès le lendemain, ne se sont pas fait attendre…

Un citadin anonyme, amateur de châtaignes

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