Les Gorges d’Héric pour les nuls

panneau_gorges_hericJe me prénomme Eric, je m’en vais donc faire naturellement les Gorges d’Héric.
J’arrive au parking, c’est bien aménagé mais c’est payant. OK, ce n’est pas cher, mais j’avais perdu l’habitude de sortir le porte-monnaie. Je continue le long du torrent.
Gorges d'Héric
C’est vrai, ça vaut le détour. Très vite, les cascades, les petites chutes et les vasques d’eaux translucides feront penser, à ceux qui ont eu la chance de s’y promener, à l’arrière pays de l’île de Beauté. Les escarpements abrupts propices à l’escalade renforcent ce sentiment.

C’est de plus en plus dépaysant mais j’ai comme l’impression que la pente se fait de moins en moins douce.

Par endroit, on se sent sur un faux plat et par ailleurs, dans une vraie côte.
Un peu partout, des panneaux explicatifs agrémentent la ballade. Mes mollets de plus en plus délicats me rendent de plus en plus curieux.

Gorges d'HéricD’un détour à l’autre, de pont en pont, c’est de plus en plus beau, mais il faut bien reconnaître que mes yeux se régalent plus que mes genoux.

Mon épouse marque de fréquentes haltes pour photographier divers points de vue tous uniques et imprenables.

Essoufflé et légèrement en sueur, je m’appuie contre la paroi rocailleuse pour apprécier pleinement son sens de l’esthétisme.

Mes cuisses me demandent si le hameau, censé être le but final de la ballade, est encore loin.

Gorges d'Hérric

On y arrive enfin et franchement, c’est vrai, ça vaut le coup. Cette fois, on peut vraiment avoir la sensation d’être dans un petit village de Haute-Corse.

Gorges d'Héric

D’ailleurs, en prenant un rafraîchissement bien mérité dans une charmante petite buvette, on nous apprend qu’à peine plus haut, les mouflons qui repeuplent la montagne sont originaires du même pays que Napoléon. Un agréable Monsieur nous laisse entendre qu’ils ne sont pas si difficiles que ça à observer. Donc, avec courage, nous décidons d’affronter la pente escarpée qui continue au dessus du hameau, dans l’espoir de ramener quelques jolies petites photos animalières originales.

Très vite, le dit Monsieur nous apparaît de moins en moins sympathique. Une petite dizaine de lacets plus loin, on le trouve même désagréable. Ma femme tire le portrait d’une jolie branche ornée d’une pigne de pin, afin de faire croire qu’elle ne s’est pas du tout arrêtée pour reprendre son souffle. Les joues empourprées et le front perlé de sueur la trahissent.
Moi, je me dis qu’on aurait dû reprendre une tournée, tranquilles, et je pleure un peu, à l’intérieur.
Mais nous sommes des guerriers (du dimanche). On ne se laisse pas abattre ! On persévère, en désaccord total avec nos semelles légèrement échauffées.
On a trouvé notre rythme de croisière, on s’arrête tout le temps. Tout à coup, un bruit attire notre attention. Nous nous mettons aux aguets et croisons un couple de randonneurs élancés et guillerets. Fastoche, ils vont dans le sens de la descente. Nous les saluons poliment et comprenons que leur compassion face à nos mines défaites est sincère car ils se sont eux aussi farci la montée.
Nous sommes allés jusqu’en haut, comme des grands et nous n’en sommes pas peu fiers. Bon, c’est vrai, pas une seule corne de mouflon aux alentours mais je crois que j’ai aperçu, au loin, la queue d’un écureuil. Pas si mal, non ?
Au fil d’une interminable descente bien raide, je découvre qu’il existe un muscle sur le devant du tibia. Il me fait super mal.
Nous repassons au petit îlot de maisons, je souris très poliment au Monsieur de toute à l’heure. Il me vient à l’esprit un gros mot mais en fait, il a l’air vraiment sympathique et de bonne foi.
Gorges d'HéricPlus loin, la pente est douce, la vue est belle, les douleurs s’estompent. Les paysages changent. Les images, toutes plus magnifiques les unes que les autres, nous font tout oublier.
A la sortie de la petite route, une gamine vend des cerises de pays. Nous nous laissons tenter. Elles viennent comme une véritable récompense. Je ne sais même pas si j’en ai mangé de meilleures.
Continuant notre circuit touristique nous allons jusqu’à un autre hameau, celui de Douch, qui n’est vraiment pas loin de celui d’Héric, mais de l’autre côté du versant.
Franchement, c’est beaucoup plus loin par la route, mais si vous possédez un véhicule motorisé de type automobile par exemple, c’est plus rapide, enfin, surtout plus facile.

Au détour d’un virage, un véhicule est garé en « warning ». Nous ralentissons avant de nous apercevoir que ses occupants sont en train de prendre des photos d’une petite troupe de bêtes cornues, agiles et alertes, qui se promènent plutôt calmement et vraiment pas loin de nous. On reconnait bien un, voire deux mâles, jeunes, accompagnés de quelques femelles, et au moins trois petits mouflons…
Le temps de récupérer l’appareil, ils ont fini par disparaitre. Tant pis, on se contentera de nos souvenirs…

Tandis que nous saluons courtoisement les inconnus qui ont toute une pellicule digne des meilleurs reportages animaliers vendus très chers sur papier glacé, nous constatons que la dame est en talons et le monsieur en mocassins.

Conclusion : on dit qu’il n’y a de la chance que pour les crapules… La preuve !