Mystères et Mégalithes

Avec le printemps, voici le retour de notre citadin anonyme aux Chalets du Gua des Brasses… il nous entraîne aujourd’hui dans un voyage au temps de nos lointains ancêtres.

Depuis Saint-Pons de Thomières, c’est par une toute petite route que je remonte vers le plateau des lacs. Chemin faisant, mon attention est attirée par un imposant dolmen que l’on croirait tout droit sorti de la campagne bretonne. Je gare mon véhicule sur le parking qui lui fait face. Une bucolique petite aire de pique-nique y a été aménagée, à la croisée de quelques pistes forestières.
Ces pierres « entassées » avec soin il y a de cela quelques milliers d’années ont subi l’impact du temps mais sont restées bien en place. Ça me paraît légèrement plus costaud que les meubles en kit d’aujourd’hui. Cela dit, ils ne devaient pas déménager aussi souvent que nous à cette époque… De plus, excepté si vous mesurez environ 3 mètres, c’est ce n’est pas très adapté pour un déjeuner champêtre. Les tables en bois d’en face sont, il faut bien le reconnaître, moins « design » mais plus fonctionnelles.
2.3.le dolmen le soulié
Plus loin, c’est la vallée de l’Arn. Une petite rivière pleine de charme serpente à travers les tourbières, les roseaux et les forêts. Je ne peux que remarquer quelques similitudes avec un « Glen écossais » ou autre ruisseau du genre, quelque part en Irlande ou en d’autres terres celtiques.
A défaut de saumons, j’aperçois des truites sauvages, furtives et frétillantes. Mon épouse quant à elle tombe sur une écrevisse de belle taille, qu’elle me présente comme nuisible et invasive car elle serait d’origine américaine. En y réfléchissant bien, c’est vrai que je lui avais trouvé un petit accent…
Le dolmen et ces quelques insolites paysages me donnent envie d’aller vers une statue-menhir indiquée par des panneaux touristiques. Ainsi, au lieu-dit  « Picarel », une belle pierre plantée serait peut-être la représentation de la féminité, symbole de vie et de fécondité. Je l’explique à mes enfants. Mon fils pouffe d’un rire idiot à l’idée que la pierre ait des seins (son expression exacte est légèrement plus argotique). Ma fille trouve qu’elle est, je cite : « super mal dessinée ».
Le fait que cette somptueuse masse rocheuse ait traversé les âges, qu’elle fût vraisemblablement un symbole mystique, peut-être même religieux, avant même l’arrivée ne serait-ce que du concept d’un Dieu unique, ne semble pas les émouvoir plus que ça.
En ce qui me concerne, depuis Astérix, mais surtout Obélix, vu qu’il bossait dans le secteur du menhir, taillé sur mesure et livré clé en main, j’ai une certaine attirance pour les vestiges des Gaulois, Celtes et autres Germains, ces peuplades que les Romains qualifiaient de barbares sous prétexte qu’eux, ils avaient construit routes, viaducs, amphithéâtres, temples, thermes, villas et autres arènes…
Je m’appuie sur diverses informations, indications et brochures glanées de-ci de-là, entre autre au centre d’interprétation des mégalithes du Haut-Languedoc, sur la commune de Murat-sur-Vèbre.
megalithe-salvetat-herault-3L’office du tourisme de La Salvetat-sur-Agoût me l’avait, à juste titre, chaudement recommandé. Je retrouve ainsi quelques autres traces de ceux qui furent, vraisemblablement, les premiers hommes à s’installer en ces lieux.
Cette quête me mène vers un endroit reculé au milieu de la forêt, non loin de la croisée de deux chemins forestiers, nommé : « Le Rec Del Bosc ». Ici, nulle pierre ne se dresse mais un peu partout des gravures rupestres intrigantes et mystérieuses, apparaissent sur la roche.
J’aborde ce site avec respect, comme le lieu de culte qu’il a peut-être été. Mes enfants me posent diverses questions auxquelles je n’ai, à vrai dire, guère de réponse.
J’évite d’évoquer l’éventualité qu’en ces lieux furent commis des sacrifices divers et variés, peut-être même humains, pour plutôt essayer de donner un sens aux dessins : « Tu vois là ils ont dessiné le soleil». Donc, j’ai droit à d’autres questions :
« Pourquoi ils ont dessiné le soleil ? »
« Parce que peut-être, pour eux, il était un peu comme un Dieu », dis-je.
« C’est pas un Dieu le soleil, c’est une planète ! »… ça c’est mon fils…
« Oui mais je te rappelle qu’à l‘époque ils n’avaient pas la chaîne National Geographic, tout leur savoir était basé sur l’observation de la nature et la transmission orale de générations en générations… D’ailleurs, ils avaient une bonne connaissance des astres et des planètes, qu’ils savaient mettre en harmonie avec les solstices d’hiver ou d’été…». Je suis assez content car je sens que j’ai réussi à titiller la curiosité de mes enfants.
megalithe-salvetat-herault-4
Chacun y va de son anecdote, de sa conception des choses.
Mon fils voit plutôt des guerriers armés de lourdes épées, d’arcs puissants et de lances acérées, tandis que ma fille me demande plutôt ce qu’ils faisaient de leur temps libre, sans ordinateur, sans télévision et même pire, sans smartphone !
megalithe-salvetat-herault-2
Nous arrivons tout près de la commune de Lacaune. Une imposante pierre plantée est indiquée. Nommée « Peyro Levado », elle est présentée comme une des plus grandes d’Europe. La voiture garée, nous marchons le long d’un petit chemin boisé sur quelques centaines de mètres.
Ma fille a quand même le temps de me demander :
« Pourquoi ils l’ont pas mis plus près de la route ? »
Un peu dépité, je réponds quand même qu’à mon avis, cette départementale ne devait pas exister à l’époque.
Du coup, mon fils surenchérit d’une logique imparable :
« Ben alors, ils n’avaient qu’à faire passer la route plus près ! ».
Je crois qu’ils n’aiment pas beaucoup marcher.
Heureusement, le trajet est très court et au cœur d’une pâture, une belle masse imposante à souhait se dresse, avec en arrière-plan le majestueux Roc du Montalet. L’endroit ne manque pas de charme.
Nous rejoignons la commune de Nage en passant près du calvaire du fameux Roc du Montalet.
2.3.maison de payracs
Nous remontons vers la ferme de Payrac, un endroit tout à fait charmant qui s’anime à la belle saison. Nous sommes ici aujourd’hui, plus précisément pour le mégalithe qui domine la colline. La vue en 360° sur le lac, les montagnes, les forêts, les pâturages, est superbe.
Je comprends pourquoi cette pierre est ici. Le lieu dégage une forme d’énergie impalpable. Le site ne manque pas de charisme.
Je laisse vagabonder mon imaginaire et essaie de visualiser une sorte de cérémonie, par exemple pour un solstice d’été. Est-elle menée par un ou plusieurs druides, sorciers ou chamans ? Prononcent-ils des incantations ? Quels esprits évoquent-ils ? Y-a-t-il des chants ? Est-ce que des enfants pleurent, ou rient ? Sont-ils fascinés et silencieux ? Je sens presque comme une communion avec la nature…
Mes enfants gambadent sur les pentes herbeuses à travers les pierres, les fougères et les genêts.
Je respire à fond une bouffée d’air pur. Je me sens bien.
Ma fille revient vers moi : « J’ai faim ».
Mon fils : « Moi aussi ».
C’est vrai que le grand air ça creuse ; en route vers le goûter et les Chalets du Gua des Brasses !

Un citadin anonyme