Tourisme vert et champignons entre Tarn et Hérault

[Parole de vacancier] Le retour des morilles ?

Après nous avoir fait croire qu’il allait définitivement s’installer, le printemps s’est amusé à faire son capricieux. Toutefois, les quelques averses, sortes de giboulées tardives, ont fait beaucoup de bien à une nature qui aujourd’hui resplendit de sa verdure la plus éclatante, de sa multitude de fleurs des collines et prairies et, j’en ai le secret espoir, de quelques facétieuses petites morilles, aussi discrètes que délicieuses. Muni d’un fin bâton pour dégager délicatement les hautes herbes sans risquer de briser les précieux et fragiles champignons, je me lance dans une partie de cache-cache qui, je le sens tout de suite, ne s’annonce pas du tout gagnée d’avance.
Il y a de cela deux ou trois ans, c’est simplement par hasard que j’avais eu la gloire de constituer un joli panier assez bien garni (cf. Gare aux morilles). Je retourne donc sur ces mêmes lieux que je n’ai pas oubliés mais dont l’exactitude précise m’échappe un peu.
Je vais de-ci, mais rien, je vais de-là, rien non plus. Puis je vais ailleurs, pour continuer à ne rien trouver.
Je me souviens alors de ma « tactique » de l’époque : « Ne pas chercher pour trouver ». Je vais jusqu’à de nouveau satisfaire un petit besoin naturel au bord d’un fossé, mais je ne fais que déranger un crapaud et s’envoler un loriot.Je regarde alors aux alentours pour bien vérifier que je sois seul. Comme c’est le cas, c’est à voix haute que je dis, l’air détaché : « Je ne vous cherche pas du tout, je ne fais que flâner… Je me promène dans les bois, tant que le loup n’y est pas… ». Mais, mis à part me faire passer pour un couillon, ce n’est pas très efficace. Si le loup n’y est pas, visiblement les morilles n’y sont pas non plus…
Pour identifier les champignons à cueillir pendant vos vacances vertes aux confins du Tarn et de l'HéraultJ’avais pourtant essayé de me préparer. J’avais consulté le « Guide des Champignons de France et d’Europe » à disposition à l’accueil des Chalets du Gua des Brasses, ouvrage très bien documenté et didactique. Déjà là, j’avais eu un peu de mal à trouver la page des morilles. J’avais toutefois appris plein de choses très intéressantes, mais j’avoue qu’elles ne me sont pas d’un grand secours à cet instant. Je pense que les auteurs de cet ouvrage auraient peut-être pu ajouter quelques points de géolocalisation, avec des dates précises tant qu’à faire.
Je ne tarde pas à commencer à me résigner. Je me dis que si ce petit champignon est si précieux, c’est justement parce qu’il se fait prier et ne se laisse pas cueillir aussi facilement. Je m’efforce de prendre la chose avec philosophie. Le plaisir n’en sera que plus grand si enfin ma chance tourne.
En tout cas, aujourd’hui, tout ce que j’ai trouvé, ce sont des morilles séchées, en boîte, et dans un magasin. Toutefois, bien réhydratées, elles permettent de faire une sauce tout à fait convenable pour par exemple agrémenter une bonne pièce de bœuf, de préférence d’un élevage local.
J’ai donc ce soir une bonne grillade en perspective. En attendant l’heure du repas, c’est en famille que nous errons un peu, au gré des chemins, histoire, si besoin était, de nous ouvrir l’appétit. Là, ma fille et mon fils s’amusent sur un chantier forestier, dont les coupes sont assez récentes. Ils sautent d’une motte de terre à une autre et ils ramassent des bouts d’écorce. Mon fils en cherche des « le plus gros possible », ma fille des « les plus jolis possible ». Ma femme immortalise cet instant plein de simplicité mais pourtant de pur bonheur, en prenant quelques photos.
Cueillette des champignons aux Chalets du Gua des Brasses aux confins du Tarn et de l'HéraultDe mon côté, c’est presque avec impatience que j’attends l’heure de l’apéritif pour enfin goûter un petit vin provenant du vignoble du Minervois qui n’a pas l’air mal du tout. En tous cas, lorsque je l’ai ouvert tout à l’heure afin de l’aérer, son nez, très parfumé a titillé mes papilles gustatives. Il me tarde de voir si son goût va tenir toutes ses promesses olfactives. Pour tuer le temps, je cherche moi aussi des bouts d’écorce. Le sol en est recouvert. J’essaye tant qu’à faire de trouver des formes originales. Soudain, mon œil est attiré par quelque chose, près d’une vielle souche retournée, à côté de l’ornière creusée par un imposant engin sylvicole dont le sol  a conservé les traces du passage. Je me rapproche sans trop y croire mais mon visage s’illumine. Pas de doute, il y toute la famille. Papa morille, maman morille et deux ou trois autres, plus petites, qui doivent sûrement être leur progéniture. Très calmement et de façon très posée, je crie assez fort quand même : « Là ! Regardez ce que j’ai trouvé ! Moi tout seul ! Regardez un peu ça ! »
Mon épouse est contente pour moi. Mon fils préfère son écorce en forme de pistolet et ma fille me re-dit que ces champignons-là sont moches. Peu importe leur réaction. A ce moment-là, rien ne peut venir altérer ma joie, intense et profonde. Je sais aujourd’hui qu’il existe un dieu, ou une bonne fée, pour les ramasseurs de champignons en herbe comme moi. Visiblement, je suis sous sa bonne étoile. J’ai encore plus envie d’arroser ça. Ça tombe très bien, une bonne petite bouteille nous attend sagement sur la jolie table de notre gîte aux Chalets du Gua des Brasses, en lisière de la forêt du Somail et au bord du lac de la Raviège.

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