Tous au nid !

Tout est parti d’une amusante confusion enfantine. Sous la gouttière, comme tous les ans, à leur retour avec le printemps, les hirondelles ont reconstruit leur petite maison. Je la montre à ma fille. Elle me dit : « Ah oui je le vois le nid de rondelles ». J’ai souri et lui ai expliqué qu’il s’agissait plus exactement d’un « nid d’hirondelles ». Mais la pitchoune est tenace, donc elle se justifie : « oui, mais l’entrée c’est un peu comme une rondelle ».

Ce n’est pas faux. En tout cas, c’est resté dans notre vocabulaire familial. Aussi, il nous arrive parfois, mon épouse et moi, de nous émerveiller sur le vol agile des « rondelles » qui se laissent porter par le vent.
En arrivant sur le Plateau des Lacs où les oiseaux sont nombreux et multiples, c’est une grande variété de nids que nous croisons. Au-dessus de l’accueil des Chalets du Gua des Brasses, ce sont des mésanges qui ont élu domicile.
En nous promenant sur les bords du lac de la Raviège, non loin du village, c’est une nichée de canards que nous avons eu la chance d’apercevoir, au milieu d’un buisson de hautes herbes. Nous avons bien pris soin de ne pas déranger Maman cane, qui couve attentivement sa portée. D’ailleurs, Papa canard nous a demandé, à mon avis pas forcément très poliment, d’aller voir ailleurs s’ils y étaient. Nous les avons laissés tranquilles.
C’est dans un champs cultivé, à la lisière d’un bois, qu’un faisan coloré s’est envolé. En fait, en y regardant de plus près, nous avons deviné la poule faisane, elle aussi sur sa nichée. Là encore, nous nous sommes efforcés de nous faire les plus discrets possible.

Ailleurs, c’est sur la cime d’un arbre qui domine les autres qu’un grand nid a attiré notre attention. Pas si facile que ça d’en identifier les propriétaires, mais c’est visiblement un oiseau de proie, un épervier ou un faucon crécerelle. Difficile à dire car nous avons vu ces deux types de volatiles roder autour des lieux. Y vont-ils parce qu’ils y vivent où pour s’y nourrir ? Les oiseaux entre eux ne sont pas du genre à se faire des cadeaux. En tout cas, le spectacle est sauvage, simple, et authentique.
Ce même jour, à peine plus tard, c’est un merle que nous avons vu avec une brindille dans son bec. Sa maison à lui est donc en construction.

A la tombée de la nuit, nous admirons le coucher de soleil sur les collines. Le ciel rougeoie encore mais la luminosité faiblit peu à peu. Autour de nous, des petits animaux volettent un peu partout. C’est encore ma fille qui, cette fois, trouve ces « oiseaux » de nuit très bizarre. Là je lui explique que ce sont des chauve-souris, sûrement des pipistrelles. Elle s’efforce de les regarder de plus près mais elles sont furtives et particulièrement petites puisqu’elles ne pèsent même pas dix grammes. En tout cas, elles sont méticuleusement occupées à nous débarrasser des moustiques et des moucherons. En ça, je les en remercie. Ce sont des animaux utiles, efficaces mais fragiles. Leur vol est guidé par les ultrasons que de simples sifflements aigus viennent perturber. Il faut les protéger. C’est ainsi que les gîtes du Chalets du Gua des Brasses, soucieux de leur environnement, sont classés « Refuge chiroptère », c’est à dire qu’ils respectent certaines normes afin de préserver leur habitat et donc leur survie.

Il fait cette fois presque nuit. C’est le vol d’un oiseau nocturne qui attire mon attention. Machinalement je m’écrie : « regarde la chouette ! », en désignant la branche d’un arbre où non loin de nous l’animal vient de se poser. Ma femme le regarde plus attentivement. Elle me corrige. « c’est un hibou, un grand ou moyen duc, mais je crois que c’est un moyen duc ». Pour plaisanter, je dis que je n’avais pas eu le temps de m’apercevoir s’il s’agissait du papa ou de la maman. Là, j’ai eu droit au petit sourire méprisant de celle qui sait. « Mais non idiot, regarde au-dessus de sa tête, il y a comme des oreilles de plumes, c’est donc d’un hibou qu’il s’agit. La chouette, elle, qui n’est pas la femelle du hibou, mais une famille bien distincte, n’en a pas… ». J’ai bien sûr fait comme si je le savais… Mais ce soir je m’endormirai un peu moins bête…